ESPACE TEMPS

Qu’est que le temps ? le temps existe-t-il ?

Au fil des siècles, les penseurs ont essayé d’évaluer le temps au travers de la méditation, du mysticisme, de la philosophie ou encore de la science. Il en ressort en fait que bien qu’il puisse être supposé avec raison que tous les hommes ont la même expérience intime du temps – une expérience universelle – le chemin vers le concept de temps n’est pas universel. Ce n’est donc qu’en détaillant ces modèles intellectuels et leurs évolutions historiques que l’on peut espérer saisir les premiers éléments de la nature du temps.

 Muriel CAHEN, doctorante en philosophie à l’EHESS, présente sa thèse en 2015 : La Structure du temps : ontologie et représentation

Elle soutient que la représentation commune du temps qui pour elle est la représentation dérivée de la perception, restreinte à la perception simple, issue des cinq modalités perceptives, est réaliste au sens où elle correspond à une réalité indépendante de l’esprit, que l’on peut décrire d’un point de vue ontologique et qui la fonde. Elle démontre tout au long de ses travaux que si le temps existe indépendamment de l’esprit et que sa représentation est réaliste le temps doit pouvoir être représenté comme indépendant de l’esprit

Le temps, qu’il soit considéré d’un point de vue ontologique ou du point vue de la représentation commune, peut être analysé, nous dit elle,  de deux façons distinctes, selon que l’on s’attache aux relations temporelles entre les événements, comme le fait la topologie, ou à la durée, comme le fait la métrique. En adoptant  la première perspective en se penchant sur la structure du temps, comprise comme l es événements et relations temporelles qui les ordonnent, voire la série d’instants corrélative à cet ordre. Elle considère ainsi le temps, comme un ordre et plus généralement comme une structure, c’est-à-dire comme une classe d’éléments en relation.

Selon Samuel Alexander, né le 6 janvier 1859 à Sydney et mort le 13 septembre 1938 à Manchester, philosophe britannique d’origine australienne. l’ « Espace-Temps » est une matrice universelle. Dans Space, Time, and Deity, il élabore un système métaphysique dont le principe fondamental est l’espace-temps, conçu dans sa relation avec le « divin ». L’espace-temps est bien réel, et il est identique à la matière, bien que celle-ci ne s’y réduise pas totalement. La vie puis l’esprit émerge de cette substance fondamentale, via la matière.

Pour Gottfried Wilhelm Leibniz, né à Leipzig le 1er juillet 1646 et mort à Hanovre le 14 novembre 1716, philosophe, scientifique, mathématicien, logicien, diplomate, juriste, bibliothécaire et philologue allemand. Esprit polymathe, personnalité importante de la période Frühaufklärung, terme allemand signifiant « aube des Lumières ») mouvement culturel et philosophique allemand qui marque la transition entre la période baroque et le siècle des Lumières, occupant une place primordiale dans l’histoire de la philosophie et l’histoire des sciences (notamment des mathématiques) et souvent considéré comme le dernier « génie universel ».

En effet, dans ses Philosophiae naturalis principia mathematica, Isaac Newton conçoit l’espace et le temps comme des choses absolues. Dans sa correspondance avec Samuel Clarke, qui se fait l’avocat des idées de Newton, Leibniz réfute ces idées et propose un système alternatif. Selon lui, l’espace et le temps ne sont pas des choses dans lesquelles se situent les objets, mais un système de relations entre ces objets. L’espace et le temps sont des « êtres de raison », c’est-à-dire des abstractions à partir des relations entre objets.

« J’ai marqué plus d’une fois que je tenais l’espace pour quelque chose de purement relatif, comme le temps ; pour un ordre de coexistences, comme le temps est un ordre de successions… Je ne crois pas qu’il y ait aucun espace sans matière. Les expériences qu’on appelle du vide, n’excluent qu’une matière grossière »

— Troisième écrit de M. Leibniz ou réponse à seconde réplique de M. Clarke, 27 février 1716, trad. L. Prenant

L’espace, le temps sont-ils indispensables à la vie ?

Elisabeth Latapie Inspectrice de l’Education Nationale de l’académie de Grenoble nous rappelle que l’organisation du temps et des espaces à l’école maternelle structure les apprentissages. Si le concept de temps ne fait référence à aucun apprentissage en particulier, nous dit-elle,  il est fondamental pour les apprentissages de base.

Or, je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle avec la fin de vie, avec l’âge, et la dégénérescence qui l’accompagne, l’homme perd ses repères, dans l’espace comme dans le temps.

On constate alors que le concept espace-temps nous accompagne tout au long de notre vie et que son ignorance ou sa perte aboutit à la propre négation de notre humanité.

MUSIQUE : LEO FERRE : AVEC LE TEMPS

En ce qui me concerne, je ne suis qu’un grain de poussière dans l’espace-temps, mais un grain de poussière pensant, marchant du nord au sud et de l’est à l’ouest,  taillant avec acharnement sa pierre brute, affinant jour après jour sa pierre cubique à l’ombre de nos piliers.

Si je devais à mon tour donner une définition du temps et de l’espace, je donnerais en postulat que le temps et l’espace sont deux piliers indissociables et indispensables à la vie, ils en sont sa Force et sa Beauté. L’homme parce qu’il est le seul élément vivant mais périssable à éprouver de la joie, de la peine, de l’amour, de la haine, est père nourricier du temps et de l’espace., mais l’homme est il sage, est il assez grand ? Or si je suis suspicieuse vis-à-vis de l’homo sapiens, j’ai foi en l’Humanité, dans sa plénitude et sa Sagesse, l’Humanité prendra donc la place du troisième pilier : la trilogie humanum temporis spatium sont donc les fées se penchant au dessus du berceau de la vie, ce souffle divin invisible à nos regards comme peut l’être le quatrième pilier.

Le temps est respiration de notre vécu, de nos joies et de nos peines, de notre travail, de notre créativité.

Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote: souviens-toi.» Ce vers de Baudelaire pourrait figurer en épitaphe universelle tant l’angoisse du temps qui passe est universelle. L’art sous toutes ses formes (cinéma, photographie, art contemporain) n’en finira sans doute jamais de l’interroger.

Par ailleurs, la musique, le théâtre, la littérature sont des arts qui s’expriment naturellement dans la durée en répondant à des codes très précis :

Eve Mascanrau, Docteur en arts du spectacle, chercheuse et enseignante à l’Ecole normale supérieure, nous parle de l’évolution du temps dans l’expression théâtrale.

D’Aristote à Beckett, on est passé d’une écriture rigide, le temps de la pièce devant être d’une journée, à une révolution de ce critère. En effet, dès le XXe siècle les choses s’accélèrent et les avant-gardes jouent avec la densité temporelle : le théâtre ne peut-il pas se jouer de l’horloge ? Beckett met en scène l’attente de son Godot et plus souvent encore s’amuse des cycles, qui font se reproduire chaque jour les mêmes événements, chaque soir les mêmes représentations… Est-ce tout à fait la même chose qui se passe dans la répétition ? Voici les mystères du temps et du théâtre eux-mêmes mis en scène.

Le temps est au musicien ce que l’espace est au peintre.
Le peintre met en forme sa toile en fonction de l’espace tandis que le compositeur met en forme sa musique en fonction du temps. C’est en fonction de cet élément essentiel que la musique va prendre forme.

Seule une écoute attentive de l’intégralité de l’œuvre  permettra à l’auditeur de se faire une idée alors que l’amateur de peinture peu se faire une idée instantanée d’un tableau.

Le rythme n’est qu’une composante du temps, tout comme le tempo, la carrure, la forme, et aussi la densité, le traitement du silence…

En revanche, la peinture est un objet en deux dimensions, ou trois dimensions en ce qui me concerne, que l’on peut embrasser d’un seul coup d’œil, un objet qui a priori ne se déroule pas dans une durée. 

Une telle affirmation est évidemment réductrice car le rapport au temps de la peinture est multiple et complexe : une œuvre se construit dans un temps qui n’est pas seulement celui de sa fabrication matérielle.

Par expérience personnelle, certaines de mes compositions mettent un an à murir, d’autres une heure, pour d’autres encore je reprends un travail commencé dix ans auparavant.

D’autres biais avaient auparavant été utilisés pour signifier, imager, montrer «l’immontrable» qu’est le temps. Si les crânes des vanités ont longtemps régné sur la représentation du bref passage humain sur cette terre, ils y règnent encore dans nos cabinets de réflexion, au XXe siècle, les artistes se sont emparés de l’horloge pour égrener le temps, le compter –rendre compte de sa fuite.

Comme Gianni Motti ou Susanna Hertrich j’ai moi aussi cherché à montrer l’invisible par l’intermédiaire de machines sensées calculer la durée. : le sablier, la pendule, la roue immobile dans l’éternité toujours en mouvement.

Je vous invite à venir, dès la fin de cette tenue, quand notre temps sacré aura cédé la place à celui du monde profane, à mesurer votre temps, le temps qui vous reste : Ames sensibles s’abstenir.

Enfin pour clore cet éloge du temps, car le temps m’est compté, je vous invite affectueusement à partager «  mon » espace-temps :

Mon cœur, viens dis bonjour à Mamie

Je suis dans la chambre de la maternité, ma fille viens de mettre au monde ma première petite fille.

 Mon regard balaie rapidement les quatre coins de la pièce, ou est mamie, mamie Fleurine, mamie Marinette, tout à coup le blanc des murs me renvoie à ma propre image, mamie elles furent, mamie je suis aujourd’hui.

Vingt deux ans plus tard, je regarde tendrement ma petite fille.

Mamie j’attends un bébé me dit elle

Mamie je fus, grand mamie je serais aujourd’hui 

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